Après vingt ans de portraits photographiques, souvent inscrits dans des séries au long cours, Mélanie Gribinski s’est progressivement tournée vers une pratique audiovisuelle et documentaire.

En 2015, elle s’est engagée dans les repérages d’un documentaire à venir : Les ailes du slam, film sur la création artistique au Niger à travers le portrait de Jhonel, poète et slameur nigérien qui veut « révolutionner » son pays.

Elle collabore régulièrement à des courts-métrages de fictions avec D’Asques et D’Ailleurs, association d’éducation à l’image. Elle réalise de nombreuses captations (spectacles de danse, conférences, performances et lectures). Plusieurs commandes de films institutionnels sont en cours, notamment pour les rencontres littéraires du Centre culturel franco nigérien Jean Rouch de Niamey 2017.

Depuis deux ans, elle réalise des clips pour des musiciens tels que James Chance et Arelacoyava (Hot Voodoo !), pour UNICEF (chanson écrite collectivement par des artistes d’Afrique de l’Ouest sur le thème de la nutrition).

 

Parcours

La fréquentation, depuis l’adolescence, de photographes tels que Reza, Sebastião Salgado, Sarah Moon et Gisèle Freund renforce sa préférence à photographier l’être humain : elle se spécialise alors dans le portrait à la chambre 20 x 25.

En 1993, elle réalise sa première série, 50 portraits de psychanalystes ; suit, en 1997, une seconde série sur des poètes et des photographes qui constituent trois recueils de la revue La Chambre. Est alors demandé à chacun d’apporter une contribution personnelle, une parole impliquée pour que prennent forme un portrait-poème, un portrait-autoportrait ou un portrait-réflexion.

De cette interaction singulière entre la photographe, le sujet photographié, la manière dont ce dernier perçoit sa propre image et la manière dont il souhaite la poser au monde en y ajoutant son intervention, émerge une narration.

Elle poursuit cette ligne en 2009, avec l’exposition Livrez-vous ! réalisée et présentée dans la librairie Mollat, à Bordeaux. Consacré aux lecteurs, le projet consiste à les photographier in situ, avec un ouvrage qui leur tient à cœur. Pour la première fois, cette série est accompagnée de témoignages audios sur l’histoire du choix fait par chacun.

Mais, c’est avec le projet Paroles d’éditeurs, en 2012, qu’elle réunit ce qui semble être désormais sa signature : un travail photographique et sonore. Afin de rendre hommage à la créativité et à l’engagement de six éditeurs aquitains – et pour s’en approcher encore plus près, elle crée pour chacun d’eux un portrait sous forme de salon d’écoute. Photographies, entretiens avec casques audios et catalogues composent un ensemble indissociable ; le récit peut ainsi se déployer.

En septembre 2014, sa deuxième exposition photographique et sonore est augmentée d’un livre publié au Castor Astral, La double vie des Capus, portraits de certains commerçants du marché des Capucins à Bordeaux qui ont une vie artistique, une existence dont la part intellectuelle, sensible et créative les nourrit tout autant que les nourrit leur activité rémunératrice au sein du marché.

Rassemblés dans cet ouvrage, six diptyques photographiques révèlent deux portraits de la même personne : le commerçant sur son lieu professionnel et le créateur dans sa vie intime et onirique. Les entretiens menés avec chacun tentent d’évoquer la nécessité plus ou moins consciente de réserver un temps à sa propre créativité et un espace pour l’exprimer, que celui-ci se situe sur la scène collective ou sur la scène intérieure. Cinq artistes et auteurs ont été sollicités pour intervenir dans ce livre sur la question du double.

Dans une société où l’image obscurcit la parole, Mélanie Gribinski met en scène cette dernière et cherche à transcrire la voix intérieure afin d’y voir, peut-être, la rencontre entre soi et son double, entre soi et une dualité inhérente. La quête de ce point d’équilibre, intrinsèque à la création, à travers l’image et le son, la détermine naturellement à s’orienter vers la réalisation audiovisuelle.